10 façons de porter un mort.

Fiction photographique
Tirages sur papier Hahnemühle PhotoRag 310
Série limitée à 10 exemplaires

Pendant votre lecture, n’hésitez pas à écouter la musique, une petite version de la Marche Funèbre que j’ai composée pour l’occasion.




INTRODUCTION :

Si vous avez déjà porté un mort, vous conviendrez que ce n’est pas très aisé ! C’est lourd (on dit bien « peser un âne mort »), c’est encombrant, ça ne se met jamais comme on veut.

Oui, même s’il est docile, le mort n’est pas très coopératif.

De plus, sauf cas exceptionnel, le mort est froid. Autant son transport en été, quand les températures sont élevées, peut sembler agréable à certains, autant porter un mort glacé au milieu du mois de Novembre est un véritable calvaire.

On a généralement trop peu de temps pour porter un mort. D’abord parce que la vie d’aujourd’hui, trépidante et chronométrée, ne nous permet pas de vaquer à ces besognes. Ensuite – et surtout – parce qu’il ne faut pas attendre que le corps du mort soit trop raide pour le transporter : un corps mou, même si il semble plus lourd à priori, reste plus maniable.

Souvent, à l’instant de saisir le mort, on ne sait plus par quel bout le prendre. Faut-il le jeter sur l’épaule ? Ou bien l’attraper vigoureusement sous le bras ? Ce n’est pas le moment de se poser ce genre de questions, c’est le moment d’agir !

C’est pourquoi j’ai voulu rationaliser et mettre en perspectives l’ensemble des différentes options qui s’offrent à nous. Pour que chacun ait toutes les cartes entre les mains et puisse, au moment opportun, choisir la meilleure façon de porter un mort.


LES NOTES :

Chaque posture est notée selon trois critères, sur un barème qui va de un à cinq, cinq étant la meilleure note. Pour faciliter la lecture de ces notes, elles sont représentées à l’image par différents carrés de couleur.

L’élégance : carré vert


Rien de plus ridicule que de porter un mort avec arrogance ou brutalité. Le chic, année après année, est toujours d’actualité.



La maniabilité : carré violet


Le mort est souvent encombrant. Certaines postures donnent plus de liberté aux mouvements et facilitent le transport. Porter un mort en gardant une main libre, pour téléphoner par exemple, est un vrai plus.



Le confort : carré bleu ciel


Ce critère est, bien entendu, plus important avec un gros mort. Mais même avec un petit mort, un corps bien calé qui ne vous tord pas le dos est bien plus agréable à transporter.





Les 10 Façons :





FAÇON N°1 : SUR LE DEVANT, FAÇON PIETÀ

Toujours très chic (les anciens ne s’y étaient pas trompés) mais peu pratique sur la durée. Le poids du mort, trop sur l’avant, fait vite mal au dos.

Parfait pour une cérémonie ou une offrande.

Élégance: 5 points – Maniabilité : 2 points – Confort : 2 points





FAÇON N°2 : SUR L’ÉPAULE DROITE, FAÇON BOUCHER

Le plus dur, c’est de le mettre sur l’épaule. Ensuite, ce n’est que du bonheur. On peut avaler des kilomètres dans cette position ! Très utile en cas d’exode.

Élégance: 2 points – Maniabilité : 4 points – Confort : 5 points






FAÇON N°3 : SOUS LE BRAS, L’AIR DE RIEN

Vous voulez voler un mort : cette position est faite pour vous ! Discrète et pratique, elle vous permet d’emmener le mort sans en faire tout un plat. Ni vu, ni connu, même avec un mort sous le bras, vous passez inaperçu!

Élégance: 3 points – Maniabilité : 3 points – Confort : 2 points.






FAÇON N°4 : FAÇON HOTTE DU PÈRE NOËL

N’essayez tout de même pas de descendre dans les cheminées avec un mort sur le dos! Mais, bien calé de cette façon, le corps du mort est très facile à transporter. Son contact sur le dos peut cependant en gêner certains (notamment les novices), c’est tout à fait compréhensible.

Élégance: 2 points – Maniabilité : 3 points – Confort : 5 points






FAÇON N°5 : COMME UN SAC À PATATE

J’ai voulu mettre cette façon en guise de contre-exemple. Ici, point de portage, le corps est vulgairement traîné par terre. Je vous laisse imaginer son état après seulement une centaine de mètres. Seule exception possible : on peut choisir cette façon sur un lac gelé ou un chemin enneigé (et encore, gare aux glissades !)

Élégance: 0 points – Maniabilité : 2 points – Confort : 1 points






FAÇON N°6 : UN SOUS CHAQUE BRAS, LES FESSES EN AVANT

Si vous avez deux corps à transporter, cette façon-là est faite pour vous. Ici, pas de fioriture, mais du sérieux et de l’efficace. Demande tout de même une sérieuse condition physique.

Élégance: 2 points. – Maniabilité : 2 points – Confort : 3 points.






FAÇON N°7 : COMME UN CHASSEUR DE DAIM

Une de mes préférée. Le corps, idéalement lové sur les trapèzes, trouve immédiatement un point d’équilibre. Avec un peu d’habitude, on peut lâcher les deux mains (comme à vélo).

Élégance: 3 points – Maniabilité : 4 points – Confort : 5 points






FAÇON N°8 : AU DESSUS DE LA TÊTE, AVEC LES DEUX MAINS

Pour les esthètes. Les origines de cette posture sont très anciennes. Très utile pour transporter un corps dans une foule compacte ou bien quand on a de l’eau jusqu’aux épaules, ce qui est rare, mais peut arriver. Attention cependant : ce geste demande de la puissance et, mal réalisé, il peut s’avérer dangereux.

Élégance: 5 points – Maniabilité : 1 points – Confort : 0 points






FAÇON N°9 : DROIT DEVANT

C’est une façon qui n’est ni élégante, ni confortable, mais que j’utilise parfois pour ranger un mort dans le coffre d’une voiture.

Élégance: 2 points – Maniabilité : 2 points – Confort : 2 points






FAÇON N°10 : SUR L’ÉPAULE DROITE, PAR LE TIBIA

Ici, on voit bien que l’on a que trop attendu : le mort est raide, difficile à porter autrement. Cela reste une façon simple et pratique, à utiliser au quotidien, ou exceptionnellement, pour un gros mort.

Élégance: 1 points – Maniabilité : 4 points – Confort : 4 points








CONCLUSION

Ne nous voilons pas la face, porter un mort ni facile, ni agréable. Mais une guerre, une famine est vite arrivée. Avec son lot de corps à transporter, souvent dans l’urgence, souvent sans beaucoup de moyens. Dans nos sociétés occidentales pacifiées et aseptisées, ces techniques sont, disons le clairement, tombées aux oubliettes. J’espère que la remise au goût du jour de ces savoir-faire ancestraux vous aura plu et que vous saurez, le moment voulu, trouver la bonne position pour porter un mort.











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